Entre repli souverain et promesse universelle : l’intelligence artificielle, miroir des biais de l’investisseur.

Par Julien Nebenzahl, Président d’eToro Patrimoine

En l’espace d’une seule semaine, le regard porté sur l’économie française peut basculer du pessimisme le plus sombre – prévisions de croissance revues à la baisse, crainte de stagflation, défiance à l’égard de l’entreprise – à un optimisme presque euphorique, porté par quelques bonnes nouvelles : un sommet Choose France annonçant des dizaines de milliards d’euros d’investissements, des victoires sportives qui rappellent que le pays sait encore gagner. Cette amplitude des humeurs n’est pas anecdotique. Elle dit quelque chose d’essentiel sur la manière dont les investisseurs interprètent l’information – et, en filigrane, sur la place qu’occupe désormais l’intelligence artificielle dans nos économies.

Car une nouvelle n’a jamais de valeur en soi. Elle est lue à travers le prisme du contexte qui l’a précédée : la même annonce sera reçue très différemment selon que le climat était auparavant favorable ou maussade. C’est précisément ainsi que se construit l’excès de confiance. Il ne surgit pas spontanément ; il s’édifie, bonne nouvelle après bonne nouvelle, jusqu’à modifier durablement notre manière d’analyser les événements. À l’inverse, l’accumulation de signaux négatifs installe une forme de défiance. Les marchés connaissent ainsi des cycles d’humeur d’une amplitude troublante – d’une phase quasi dépressive à une phase presque maniaque — sans qu’existe, à l’échelle collective, le moindre traitement de cette « bipolarité ».

Reste à comprendre l’origine de cette oscillation entre le tout-noir et le tout-rose. Un mot s’impose : l’ambivalence. Depuis une dizaine d’années, les sociétés occidentales se détournent du global au profit du local. Le Brexit, la double élection de Donald Trump, les quêtes de souveraineté un peu partout, puis l’épisode du Covid : autant d’expressions d’un même mouvement de fond, profondément cyclique, qui transforme le sentiment populaire et, avec lui, la forme du monde.

C’est dans ce paysage que surgit l’intelligence artificielle – et elle y surgit par son universalité de principe. L’IA traite en effet de la connaissance et de la donnée, qui sont les mêmes pour tous, et amorce une forme de raisonnement. Or connaissance et raisonnement sont, par nature, universels. Chacun le perçoit intuitivement : poser une question à une IA conversationnelle constitue la même expérience pour un habitant des plaines du Midwest américain, pour un Indien ou pour un Sud-Africain. À bien des égards, nous revivons une expérience globale comparable à celle des années 1980 à 2010 – celle de l’ouverture commerciale et de l’entrée de la Chine dans l’économie mondiale. D’où une tension singulière, presque un étau : d’un côté, une volonté assumée de repli et de souveraineté ; de l’autre, l’irruption d’une technologie foncièrement universelle.

À cette lecture comportementale s’ajoute une logique proprement économique. Les investissements massifs consacrés à l’IA sont bien réels et considérables. Mais s’ils atteignent de tels montants, c’est aussi parce qu’ils prolongent un mouvement amorcé de longue date. On explique volontiers cet afflux de capitaux par la conviction que l’IA est l’avenir – ce qui est exact. Il faut toutefois y ajouter une raison plus discrète : dans les secteurs plus traditionnels, le rendement marginal d’un euro supplémentaire investi tend à s’éroder. Investir davantage n’y garantit plus de gagner beaucoup plus. L’intelligence artificielle apparaît alors comme la principale zone où le capital peut encore espérer générer de la productivité. Choix économiques des acteurs et dynamique de l’opinion avancent ainsi de concert.

Reste une spécificité européenne, qui mérite d’être nommée : notre goût prononcé pour l’assurance. La comparaison boursière est éclairante. Acheter le CAC 40 tout en se couvrant par une option de protection – un put – revient à ne jamais capter la performance pleine de l’indice : on en retranche, mécaniquement, le coût de l’assurance. De la même manière, l’Europe aimerait recueillir l’intégralité des gains de productivité promis par l’IA, tout en prenant sur ce terrain d’abondantes précautions. Il est dès lors probable que le rendement final ne soit pas tout à fait le même – réalité que nous intégrons, me semble-t-il, progressivement.

Pour l’épargnant, la leçon est moins technologique que comportementale. L’enthousiasme actuel agit comme un anxiolytique collectif : tant que les capitaux affluent – et ils ne se limitent pas aux centres de données, mais irriguent aussi les infrastructures, l’énergie et toute une chaîne de revenus indirects considérables -, le moral suit. Mais l’investisseur avisé sait distinguer l’humeur du moment de la tendance de fond. Face à des marchés qui passent en quelques jours de la déprime à l’euphorie, la réponse la plus contemporaine reste la plus ancienne : une approche structurée, diversifiée et patiente. Parce qu’en matière de patrimoine, l’enjeu n’est jamais d’épouser le sentiment dominant, mais de durer.

L’investissement sur des supports en unités de compte (présents dans les contrats d’assurance Vie et le PER) comporte un risque de perte en capital. L’assureur ne garantit pas la valeur de ces unités de compte, celle-ci dépendant des fluctuations des marchés financiers. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et ne sont pas constantes dans le temps. Les informations communiquées ne constituent en aucun cas une incitation automatique à l’achat. Tout investissement doit être réalisé en fonction de votre profil d’épargnant, de votre horizon de placement et de votre capacité à subir des pertes.
Les services d’épargne comme l’Assurance Vie ou le Plan d’Épargne Retraite (PER) sont fournis par eToro Patrimoine SAS, filiale française du groupe eToro. Il s’agit d’une société par actions simplifiée au capital de 1 000 euros – RCS Paris : 537 830 960, dont le siège social est situé au 19, boulevard Malesherbes, 75008 Paris.
eToro Patrimoine est Immatriculée auprès de l’ORIAS (orias.fr) sous le n°11064583 en tant que courtier d’assurance et conseiller en investissements financiers, enregistrée auprès de la CNCEF Patrimoine (103 boulevard Haussmann – 75008 Paris), association agréée par l’AMF (Autorité des Marchés Financiers – 17, Place de la Bourse 75082 Paris Cedex 02 – http://www.amf-france.org) et de la CNCEF Assurance, association agréée par l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution – 4, Place de Budapest 75009 Paris – https://acpr.banque-france.fr).