Retraite : ce que l’Europe, et nos voisins, peuvent nous apprendre.
Par Julien Nebenzahl, Président d’eToro Patrimoine
Pendant longtemps, la retraite a été pensée comme une affaire strictement nationale : un système public hérité de l’histoire de chaque pays, des dispositifs d’épargne façonnés par une fiscalité locale, des habitudes culturelles propres. Cette frontière est en train de s’estomper. Sous l’effet du droit européen, un produit d’épargne retraite peut désormais se concevoir, et se distribuer, d’un pays de l’Union à l’autre ; un produit paneuropéen, le PEPP, a même été créé pour incarner cette ambition. Son adoption reste, à ce jour, embryonnaire — mais le signal est clair : le marché de la retraite se pense de plus en plus à l’échelle du continent.
Dans ce mouvement, regarder ses voisins n’a rien d’un exercice de classement. Tous les pays européens affrontent le même constat – la pension publique ne suffira pas à maintenir le niveau de vie – et y répondent par des architectures voisines mais jamais identiques. Comparer, ce n’est pas désigner un vainqueur ; c’est repérer les idées qui fonctionnent. L’Italie, proche de nous par la démographie comme par les défis de ses finances publiques, offre à cet égard un miroir instructif. Trois traits de son système méritent, je crois, notre attention.
Le premier est la transparence des coûts. L’épargne retraite italienne s’appuie sur un indicateur synthétique de coût, calculé selon une méthode unique imposée à tous les produits par l’autorité de supervision, et assorti d’un comparateur public en ligne. N’importe quel épargnant peut ainsi mettre côte à côte le coût annuel de dispositifs concurrents, sur des durées identiques, en quelques clics. La France a, de son côté, nettement progressé depuis la loi PACTE, avec l’affichage standardisé des frais des produits de retraite. La convergence est réelle, et elle va dans le bon sens – car sur trente ans, le niveau de frais est l’un des déterminants les plus fiables du capital final, bien davantage que la promesse de performance.
Le deuxième trait demande une image française pour être saisi. Imaginez qu’une fraction de votre salaire – l’équivalent d’environ un mois par an – soit, tout au long de votre carrière, mise de côté par votre employeur, puis vous revienne le jour où vous quittez l’entreprise, quel qu’en soit le motif. C’est, en substance, le TFR italien : une forme de salaire différé, que le salarié peut choisir, plutôt que de percevoir en capital à son départ, d’orienter année après année vers un fonds de pension. On objectera, à juste titre, que la France n’est pas démunie : l’épargne salariale – participation, intéressement, abondement – associe déjà l’entreprise à une épargne régulière et largement automatique. La différence tient à la nature du dispositif : notre épargne salariale est collective et tributaire de ce que l’employeur met en place, tandis que le TFR irrigue un choix individuel, dans un véhicule que l’épargnant maîtrise et conserve en propre. C’est là, me semble-t-il, le vrai sujet pour la France : nous avons su rendre l’épargne automatique dans le cadre collectif de l’entreprise, mais l’épargne retraite individuelle, elle, repose encore presque entièrement sur un acte volontaire. Or la retraite se joue moins sur le rendement que sur le comportement, et l’automatisme demeure le meilleur antidote à l’inertie : l’épargne se constitue idéalement par défaut, et non au prix d’un arbitrage sans cesse renouvelé.
Le troisième est la parenté profonde des logiques. Derrière des noms différents, on retrouve la même grammaire : une épargne de long terme encouragée par une déduction fiscale à l’entrée, des véhicules supervisés, un choix offert entre une poche garantie, prudente, et des supports plus dynamiques exposés aux marchés. C’est, à peu de choses près, la philosophie du Plan d’Épargne Retraite français. Cette convergence n’est pas un hasard : elle reflète une même conviction, partagée à l’échelle européenne, sur la manière de bâtir un complément de retraite robuste.
Reste la dimension la plus neuve : la circulation. Le passeport européen permet aujourd’hui à un intermédiaire d’exercer au-delà de ses frontières, et à un épargnant d’accéder, en principe, à des solutions venues d’ailleurs. Le chantier est loin d’être achevé – la fiscalité demeure nationale, les règles de commercialisation locales, et le marché unique de la retraite reste, pour l’heure, davantage une intention qu’une réalité aboutie. Mais la direction est posée. L’épargnant européen de demain choisira sans doute moins en fonction de son pays de résidence que de la qualité et du coût réels des solutions disponibles.
Que retenir de ce tour d’horizon ? Que les outils se ressemblent de plus en plus, que la transparence progresse, et que les meilleures idées – comme l’automatisme à l’italienne – méritent de circuler. Mais aussi, et surtout, que rien de tout cela ne change l’essentiel. Quels que soient le pays, l’enveloppe ou l’ingéniosité du dispositif, le facteur décisif demeure le même : commencer tôt, et régulièrement. L’Europe peut harmoniser les produits ; elle ne pourra jamais rattraper, à la place de l’épargnant, les années qu’il n’aura pas mises à profit. En matière de retraite, le temps reste le seul actif que l’on ne peut ni acheter, ni importer.
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