Fonds en euros : le rendement de 2028 se construit en 2026.
Par Julien Nebenzahl, Président d’eToro Patrimoine
L’assurance vie a signé son meilleur premier semestre : 108,8 milliards d’euros de cotisations, une collecte nette de 36,5 milliards, un encours de 2 162 milliards à fin juin. Ces volumes décrivent des flux. Leur effet sur le rendement qu’un épargnant percevra dans trois ans dépend de la façon dont un fonds en euros est construit.
Un fonds en euros est un portefeuille obligataire mutualisé, constitué par strates successives sur quinze ou vingt ans. Le taux servi chaque année n’est pas le taux du marché : c’est le rendement moyen de ce stock. Les 2,65 % servis au titre de 2025, nets de frais de gestion, ne décrivent donc pas les conditions financières de 2025. Ils décrivent le rendement combiné d’obligations achetées depuis le milieu des années 2000, dont une fraction importante pendant la décennie de taux nuls qui va de 2012 à 2021. Le taux annuel renseigne sur l’histoire du portefeuille, pas sur l’état du marché ni sur ce que ce portefeuille produira ensuite.
Ce décalage joue dans les deux sens. Pendant la décennie de baisse des taux, il a avantagé l’épargnant : le marché ne rémunérait plus, et le fonds en euros continuait de servir des taux hérités d’obligations plus anciennes. Depuis 2022, le mouvement s’est inversé — les taux de marché sont remontés rapidement, le taux servi est resté stable trois années de suite. Même mécanique, signe opposé.
Le stock se renouvelle par deux canaux. Les obligations arrivées à échéance sont réinvesties aux conditions du moment : l’OAT à dix ans est repassée au-dessus de 4 %, niveau inédit depuis 2009, alors que la Banque centrale européenne a ramené son taux directeur à 2,40 %. La collecte nouvelle, de son côté, est investie intégralement aux taux du jour et dilue la part ancienne du portefeuille. Les deux canaux jouent dans le même sens. C’est à cet endroit que les chiffres du semestre prennent une portée patrimoniale : les 36,5 milliards de collecte nette, et le retour des fonds en euros en collecte positive, alimentent ce renouvellement. Les versements de 2026 contribuent au rendement de 2028.
Un élément nuance cette lecture. Les assureurs disposent d’une réserve, la provision pour participation aux bénéfices, dans laquelle ils prélèvent pour lisser les taux d’un exercice à l’autre. Elle est revenue de 4,0 % à 3,7 % des encours en un an. Une partie de ce qui a été servi au titre de 2025 a donc été puisée plutôt que produite. Deux lectures en découlent, également exactes : la performance du portefeuille était inférieure au taux affiché, et l’assureur a tenu un taux qu’il ne finançait pas encore, le temps que le renouvellement produise son effet.
Il en résulte une situation peu courante. Tant que les taux de marché restent supérieurs au rendement moyen du stock, cette moyenne progresse mécaniquement, indépendamment des décisions de gestion. Peu d’actifs détenus par les particuliers offrent cette visibilité sur le sens de l’évolution. Cela modifie la lecture d’un taux de 2,65 % : ce niveau décrit un portefeuille en cours de reconstitution, et un arbitrage décidé sur ce seul chiffre intervient au début du cycle de renouvellement plutôt qu’à sa fin.
La même mécanique éclaire les taux bonifiés proposés sur les versements nouveaux. L’argent neuf est ce qui accélère le renouvellement d’un portefeuille, et l’assureur en accepte le coût. Ces bonus sont assortis d’une contrepartie — part minimale d’unités de compte, durée d’engagement — qui en constitue le prix réel.
Le taux d’une année décrit un portefeuille tel qu’il était. Celui des années suivantes se construit maintenant, à chaque obligation arrivée à échéance et à chaque versement nouveau. C’est la particularité du fonds en euros : le mouvement est déjà engagé, et il ne demande ni analyse, ni anticipation, ni choix du bon moment — seulement d’y être pendant qu’il se produit.
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